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2018-01-29T22:05:29+01:00

En direct live

Publié par Estelle Lang Trommenschlager

 

Chers lecteurs, chères lectrices,

Vous en avez rêvé ? Je la fais pour vous, la description de ma dernière intervention en direct live, parce que… parce que pour pouvoir vous la raconter, je suis restée éveillée ! Bon, d’accord, j’ai pas choisi tout à fait de le faire pour cette raison, à vrai dire je n’ai pas choisi du tout d’être réveillée. Mais comme vous le savez désormais, je ne suis pas une archi grande fan des anesthésies générales, alors ça m’allait plutôt bien. Voici donc pour vous le résumé haut en couleur mais sans images de… ma greffe d’aréoles et de tétons ! Amusez-vous bien !

Ce matin donc, après avoir dormi comme un bébé et maudit le réveil, je me suis levée pour me préparer à vivre cette nouvelle étape dans mon parcours. Etape qui me rapproche doucement de la fin, et cela me réjouit… Comment ça vous ne comprenez pas pourquoi ? Pour la première fois depuis le début, je suis complètement, mais alors archi totalement zen. Tellement zen que je n’ai pas pensé à demander à l’avance de quoi j’avais besoin, si je pouvais boire ou manger puisque c’était une anesthésie locale, et… j’ai même égaré ma convocation… Bref. C’est ma maman qui m’a emmenée, j’étais presque prête à y aller seule mais on m’avait quand même dit que c’était une idée un peu saugrenue, alors je me suis rangée à l’avis général, et je me suis fait conduire. Je suis donc arrivée une petite demi-heure à l’avance, détendue au possible, et j’avais pris mon livre pour patienter. Sauf que j’étais soit la première soit ils avaient déjà fini la personne précédente, et à peine là, j’ai été prise en charge.

Christine et Isabelle, les deux infirmières de bloc et d’anesthésie, m’ont accueillie, me proposant de me dévêtir et d’enfiler une de ces sexy blouses de bloc en papier, une charlotte, et … tadaaaaaaaam, des surchaussures chaussons enfin vous imaginez, j’avais un look d’enfer. Croco était déjà là, et m’a demandé comment j’allais. « Moi ça va et vous ? » Je ne sais pas pourquoi ça l’a fait rire, mais il m’a dit qu’il allait bien. Pour moi, c’est drôlement important, de demander à son chirurgien s’il va bien ! Vous imaginez s’il m’avait dit : « euh, bof, j’ai la gueule de bois » ou « je sais pas en ce moment j’ai les mains qui tremblent ». Ben si j’avais rien demandé, il n’aurait même pas pu me répondre ! Donc il va bien, c’est une bonne nouvelle. Et là, il me dit : « rappelez-moi, pourquoi on ne fait pas ça sous anesthésie générale ? », ce à quoi je lui ai répondu : « euh, ben comment dire, je n’ai rien demandé moi ! Quand je suis allée préparer les papiers pour l’intervention on m’a orientée vers la consultation externe alors comme vous savez que je supporte trèèèèèès bien les anesthésies, je n’ai pas dit non ! » La bonne nouvelle c’est qu’on a pu ainsi papoter pendant qu’il travaillait. J’imagine que si je dormais, il se serait ennuyé ! Mais du coup, il n’a pas pu tout faire, car une partie reste trop lourde pour le faire en anesthésie locale, et je suis reprogrammée pour… le 14 février pour la suite. Avec une nuit à l’hôtel Saint Sauveur s’il vous plait ! Comme je le lui ai dit, tout le monde rêve de passer la saint Valentin avec son chir plastique ! Alors je crois qu’il ne me lit pas, mais si jamais vous passez par-là, doc, vous m’avez promis des chocolats, et j’aime les mêmes que vous, les rouges !

Alors. Première étape, les dessins. Rappelez-vous, croco est accro aux feutres complètement indélébiles et allproof (waterproof, frott’proof, savonproof, etc…). Il a commencé à dessiner des traits, pour faire une belle symétrie, et je lui ai dit que finalement, le sein gauche était quand même un peu plus gros et bas que l’autre. Il m’a pincé pour voir ce que donnerait une reprise dessus, et lorsqu’il s’est excusé, je lui ai dit que je ne sentais rien du tout depuis l’intervention de l’an dernier. Et lui de me répondre : « je peux me faire plaisir alors ! Donnez-moi une agrafeuse s’il vous plait ! » et le voilà qui m’a agrafé à 4 ou 5 reprises, à l’endroit qu’il voulait reprendre. Même pas mal ! Et pas eu le temps d’avoir peur… Quand il a eu terminé de préparer le tableau, j’ai pu m’installer sur la table, sous le soleil de la lampe de bloc, nue comme un ver en attendant qu’on me « champe », ce qui ne veut pas dire que j’ai eu droit au champagne, mais qu’on m’a recouverte de champs stériles. Il a fallu que je fasse la grenouille, avec les jambes écartées et tombantes mais les pieds qui se touchent (je vous laisse le temps d’essayer pour être sûrs d’avoir compris). Les infirmières m’ont badigeonnée de bétadine, on s’est mises d’accord toutes les 3 que c’était plutôt bien le bronzage artificiel en attendant la belle saison. Dr croco est allé se préparer, et quand il a eu fini, je l’ai entendu chantonner « ouvres-moi ta porte toi qui as la clé » et ça m’a fait rire. Je me disais que si j’arrivais à rester zen on passerait un bon moment. Et c’est partit.

Première étape, anesthésie de l’intérieure de la cuisse, au pli de l’aine, pour prélever le lambeau qui servira de greffe d’aréole. A droite, puis à gauche. Les injections de xyloadrénaline ne sont pas douloureuses en elles-mêmes, mais c’est quand même un endroit un peu sensible qui n’a pas trop l’habitude qu’on le trifouille, enfin pas comme ça quoi ! Donc j’ai un peu serré les dents. Quant à l’incision, mis à part le fait qu’on sent qu’il se passe quelque chose, que ça tire par moment, ça ne fait absolument pas mal. Je crois que j’ai dû avoir un gros coup de stress, parce que j’ai commencé à avoir chaud dans les bras, la nuque, l’intérieur de la bouche, comme si le produit diffusait dans tout mon corps. Les gentilles infirmières m’ont rassurée, il y en a une des deux qui servait croco, et l’autre qui venait me caresser la joue pour me rassurer. Trop chou. Du coup, j’ai réussi à me détendre, et on a commencé à discuter. C’était sympa, on a parlé des enfants, d’autres opérations, je leur ai même raconté une blague. C’était quand croco a utilisé le bistouri électrique pour faire l’hémostase (bref il cramait les tissus pour que ça ne saigne pas). Au bout d’un moment, ça commençait à sentir le cochon grillé. Je leur ai dit : « je crois que je suis bientôt cuite ! Ah ça me fait penser à un proverbe chinois que mon frère m’a raconté : si le chien aboie, c’est qu’il n’est pas assez cuit ». Ils ont tous rigolé, et moi, j’aime bien faire le clown alors j’étais très satisfaite de mon petit effet.

Après on a parlé d’oreilles. Ca c’était un joli dialogue de sourd ! Eux, ils appellent les petits lambeaux de peau qui dépassent, des oreilles cutanées. Il devait me retirer sur le sein gauche une de ces fameuses oreilles. Sauf que dans l’intervention, la reconstruction des tétons se fait avec des morceaux de mes oreilles… les vraies ! Du coup, à un moment, on ne savait plus trop de quelle oreille on parlait. Ceci dit, je leur ai signalé qu’avec toutes ces oreilles, moi j’entendais vraiment très bien, et qu’ils devraient se méfier de ce qu’ils disaient.

L’ambiance était vraiment agréable. On a bien bossé en même temps, et ne dites pas que je n’ai rien fait, moi j’ai absolument pas bougé, et c’est pas la partie la plus facile ! Ceci dit, il est évident que le mérite revient à croco, et à sa chouette équipe. Et puis, allez savoir pourquoi, on a commencé à parler de chocolat. Chocolat en poudre, chocolat préféré… Quand j’ai raconté ça à ma belle-sœur, elle a dit : « et après il te donne des objectifs de perte de poids ! » C’est pas faux. En plus, on a tous les deux un gros crush pour le même, les rochers suchard… rouges !!! Trop miam… trop gras, trop sucrés, top caloriques et trop… addictifs !!! Comme j’étais à jeun, c’était limite cruel comme conversation, mais c’était vraiment sympa.

Mais revenons à nos moutons. Une fois les lambeaux prélevés, les sutures faites, on passe à l’étage au-dessus : préparer les seins à recevoir la greffe. Comme je ne sens absolument rien de rien, pas besoin d’anesthésie. Je sentais encore une fois qu’on trifouillait, j’essayais de ne pas imaginer le scalpel qui incisait directement dans ma chair, mais quand il demandait une lame de 15 ou une de 23, j’avais quand même des images qui me passaient dans la tête… J’ai essayé de penser à autre chose, heureusement que les infirmières ont l’habitude et font la conversation. L’une d’entre elle m’a demandé de quand datait mon intervention, et quand je lui ai dit que j’étais un « double DIEP réussi du Dr Beck de décembre 2016 », elle m’a dit « ah, mais je me souviens ! J’étais là ! C’est vous qu’on a repris le lendemain, un vendredi soir ! Vous nous avez vraiment fait peur ce jour- là ». J’avoue que je n’ai pas cherché à savoir ce qu’elle a voulu dire par là, parce que moi aussi, j’ai eu très peur. Je leur ai quand même dit que si sur le moment ça n’a pas été le meilleur souvenir de ma vie, aujourd’hui j’étais plus que ravie du résultat. Un jour je vous ferai un avant/après vous constaterez par vous-même !

Pendant qu’on bavardait, les greffons ont été suturés, et la place préparée pour les morceaux d’oreilles. Le champ a été déplacé pour que ma tête soit accessible, et hop, une anesthésie locale de plus suivie de… coups de ciseaux. Alors là, la sensation est vraiment étrange. Je peux vous dire qu’au moment où il a dit « je coupe », j’ai flippé que l’anesthésie ne soit pas complète. Mais c’était bon. OUF ! Une hémostase au bistouri électrique (je ne vous refais pas l’explication où je me la pète avec mes mots savants), et là je peux vous dire que quand c’est juste à l’endroit où tu entends le mieux et qu’en plus tu es privé de la vue, c’est très étrange. Mais je n’ai rien senti de plus qu’une vague chaleur à proximité de l’endroit prélevé. A ce moment-là, une des infirmières a dit quelque chose comme « je ne sais pas le faire », et l’autre de lui répondre : « tu ne SAIS pas ou tu ne PEUX pas le faire ? ». Et là j’ai réagi : «oh mais vous êtes belge !? » Ils m’ont demandé comment j’avais deviné, alors j’ai été obligée de parler de Soso et Dano, nos amis chéris venus tout droit de Namur, et des différences de vocabulaires qui ont alimenté nos conversations un certain nombre de fois. Bon je vous passe les détails, mais moi, entourée de belges, je me sens comme à la maison, alors c’était vraiment bienvenu !

Oreilles recousues, on arrive donc la dernière étape : mettre les nouveaux tétons en place. Sacrée affaire je vous le dis. Sans rire, c’est vraiment hyper minutieux. J’ai de la chance d’être opérée par un crack, en qui j’ai juste totalement confiance, et je n’ai pas du tout peur du résultat. Plus on approche de la fin de l’intervention, plus la tension retombe. Ils ont pris une photo pour me montrer ce que ça donne avant d’enfermer le tout dans un pansement qui devra rester au moins 3 jours en place, et c’est juste magnifique. J’ai de pétards de beaux nichons. Si, si !!! Et je m’en fout si ça ne se fait pas de le dire, je suis tellement heureuse !!!

Même si je ne réalisais pas, je pense que j’étais aussi tendue qu’un string. Et avec le contrecoup, j’ai commencé à avoir froid. L’infirmière m’a un peu lavée pour retirer la bétadine, et moi je me suis mise à grelotter. Quand elle a eu fini, je me suis assise sur la table, et j’ai eu quelques instants la tête qui me tournait. C’est assez vite passé, et hop, je me suis levée, je suis allée me rhabiller comme de rien et… je suis partie ! La magie de la chir en consultation externe.

Franchement, j’aurais pu rouler pour rentrer. Mais comme j’étais à pieds (rappelez-vous, j’ai écouté la voix de la sagesse), j’ai attendu ma gentille belle-maman qui est venue me rechercher pour me ramener au bercail. En arrivant, je me suis dit : «les doigts dans le nez cette intervention. Même pas peur même pas mal. C’est comme si j’étais allée faire une promenade et que j’étais rentrée ». Les consignes pour la suite sont : biseptine sur les cicatrices aux plis de l’aine après chaque pipi et compresse pour protéger les plaies. Pas touch’ aux pansements de la poitrine pendant au moins 3 jours. Prendre rendez-vous pour les pansements au cabinet. Prendre rendez-vous chez l’anesthésiste. Ne pas porter de soutif, mais, je cite croco : « de toute façon ils tiennent tout seuls ». Pas de vêtements serrés, ne pas trop bouger pour que la greffe ne soit pas sollicitée.

Là, il est l’heure pour moi d’aller me coucher, j’ai eu bien mal au niveau des plis de l’aine, mais le paracétamol semble être efficace. Je ne dirai plus jamais à mes patients que la biseptine ça ne pique pas, et j’ai les oreilles qui me grattent. Mais ça y est, j’ai une vraie poitrine. Une vraie de vraie, avec tout ce qu’il faut là où il faut. Elle est peut-être pas naturelle mais elle y ressemble. J’ai eu mal à la tête, maintenant des nausées, mais je m’en fout, j’ai une vraie poitrine. Comme une vraie femme. Après un an passé de début de chantier, dans quelques jours quand les pansements seront retirés, je serai réparée. Je ne suis pas certaine d’être capable de vous transmettre à travers mes mots l’espoir que cette étape me donne quant à l’avenir, mais soyez sûrs que pour moi ça a une valeur inestimable. Alors que dire si ce n’est : MERCI ! Merci Seigneur, Merci la Vie, et merci à tous ceux qui œuvrent pour nous sauver la vie. Merci croco, parce que la reconstruction va me permettre de clore un gros chapitre. Tourner une page bien remplie. Et en écrire d’autres, beaucoup d’autres.

C’était tortue, en (presque) direct live. A vous les studios !

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commentaires

tatamf 30/01/2018 11:26

Wahou quel reportage, on a l'impression d'être avec toi .... bref, quel courage. Bonne suite et gros bisous

Gebel A 29/01/2018 23:32

Quelle force et quel courage

Demesy Céline 29/01/2018 22:33

Bonsoir waouh quel article merci encore de partage tout ça avec nous. En effet bravo à l'équipe mais surtout bravo à vous aussi car vous êtes vraiment très courageuse. Réussir à garder la bonne humeur et le sourire c'est vraiment une force. Vous êtes un exemple. Bonne nuit reposer vous bien

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