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2018-05-24T22:09:40+02:00

Brèves de salle d'attente, ou les 3 connasses superficielles

Publié par Estelle Lang Trommenschlager

 

 

Chers lecteurs, chères lectrices,

Je vous avais « promis » de vous régaler de chouettes histoires, mais je ne peux m’empêcher de commencer par ce coup de gueule… Il n’est pas du jour mais d’hier, mais tant que je ne l’aurais pas exorcisé en vous le livrant dans sa version la moins édulcorée, je n’arriverais pas à m’en débarrasser. Soit… Je râle donc je suis…

Il y a une bonne quinzaine de jours, je suis retournée voir mon croco, parce que 1) c’était le moment du bilan et 2) j’avais une petite boule de liquide à ponctionner. Quelques jours plus tard, ce qui était un kyste huileux, s’est re-formé. Qu’à cela ne tienne, j’ai eu l’autorisation de Monsieur Croco en personne de revenir quand je voulais ! Un petit message pour lui dire que je faisais de l’huile et il m’a dit de passer mardi après 16h au cabinet.

Hier donc, j’arrive sur les coups de 17h, et je suis comme d’habitude, très gentiment accueillie par l’équipe de Croco. La secrétaire, les infirmières, tout le monde me connait, et j’aime chacune pour ce qu’elle apporte à la consultation. Je suis invitée à me rendre en salle d’attente. Il y avait du monde. Comme je suis désormais en pleine forme, je choisis de rester debout pour laisser la dernière place libre à une autre personne qui arrive en même temps que moi. Je m’adosse contre le mur, je prends mon livre, et je me plonge dans l’histoire. J’ai cette chance d’arriver à occulter totalement ce qui se passe autour de moi dès lors que j’ai un livre entre les mains, et je me dis que finalement, tout le temps que j’attendrais sera du bonus pour avancer dans le récit de Bakhita, cette enfant qui a subi l’esclavage…

Au fur et à mesure que la salle d’attente se vide, je me dis que finalement je serais aussi bien assise. Alors quand je suis sure que même en occupant une chaise je ne prends la place de personne, je m’installe. Forcément, il m’a fallu arrêter de lire quelques instants, et j’ai perdu un peu de ma concentration. A côté de moi, 3 femmes assises l’une à côté de l’autre, qui semblaient ne pas se connaître mais commençaient à parler entre elles. Le sujet ? Le retard du docteur. Malgré moi, j’ai tendu l’oreille. Mon radar à commérage cancan langue de vipère s’est mis en alerte. Pour faciliter la suite du récit, je vais leur donner des noms, aux 3. Donc celle à côté de moi, je dirais un peu plus de 40 ans, on va l’appeler… Brenda. Celle à côté d’elle, je ne la voyais pas vraiment, ça va être Bonnie, et la 3ème, celle-là elle vaut des points… allez, Zoubida. Je vous fais la conversation :

Brenda : « Vous aviez Rdv à quelle heure ? »
Bonnie : « A 17h30 »
Brenda : « Pfff moi 17h15… Il est toujours en retard, c’est IN-AD-MIS-SIBLE »
Zoubida : « Wesch tu sais même pas pourquoi il donne des rendez-vous de toute façon il vient à l’heure qu’il veut l’autre fois il est arrivé il était plus de 17h la salle d’attente elle était pleine genre il s’en fout quoi »
Brenda : « Ouai en plus ben moi j’ai été opérée y a 6 mois, et même pas ils m’ont appelé pour me demander comment j’allais… avec le prix que tu paies ils pourraient au moins s’inquiéter de savoir comment ça va quoi ! Et quand j’ai appelé et que j’ai dit que j’attendais de leur nouvelles la gonzesse au téléphone elle a dit que c’était à moi d’appeler, non mais elles sont sérieuses ! En plus j’ai trop eu mal, plus que mes 3 accouchements ! »
Zoubida : « C’est pour ça, moi je dis vaut mieux aller en Tunisie. C’est moins cher et au moins t’as ce que tu veux. Genre, quand tu vois qu’ici tu paies la lipo super cher pour genre 2 zones et que là-bas c’est pour 5 zones, franchement ça vaut trop le coup. Moi mes amies qui sont allées en Tunisie, ben elles ont eu aucun souci. En plus c’est top, t’es à l’hotel, tu te reposes, t’as pas les gosses… et tu choisis la taille de seins que tu veux ! »
Brenda : « ouai parce que moi, je souffre trop, parce qu’en plus ma prothèse elle s’est retourné, alors ça se voit pas avec les yeux mais quand on touche, on sent le sillicone ».
Bonnie : « Bon moi je peux pas dire, j’ai eu un bon suivi après l’opération »
Zoubida : « ouai enfin toi vu la balafre qu’il t’a fait, t’aurais porté plainte il exercerait plus depuis longtemps »
Brenda : « non mais franchement en plus j’ai dit que mes seins étaient tombé et il veut me faire payer pour les remonter, nan mais c’est quand même pas de ma faute quoi ! »
Zoubida : « Tu vois c’est pour ça, je te dis, mais vas en Tunisie qu’est-ce que tu te fais chier ! »
Brenda : « Ben d’abord je vais lui dire ses 4 vérités, il va m’entendre ».

Pendant ce temps-là, une patiente assise en face et qui ne ratait pas un mot de la conversation faisait des yeux de soucoupe.

Zoubida : « ça fait peur, hein ! »
La soucoupe : « ben ouai, plutôt… ça me fait hésiter…»
(L’infirmière vient chercher la soucoupe…)
Zoubida : « Bon ben… bon courage ! »

Imaginez… Pour moi, Mehdi Beck, c’est un héros. Pas celui d’un conte de fées, mais un vrai, qui sauve des vies… qui a sauvé ma vie… qui a redonné forme humaine à mon corps. Qui m’a réhabilitée dans mon identité de femme. Qui en plus d’être un chirurgien exceptionnel, un artiste doté de mains en or, est un homme rempli de bonté, d’humanité. Quelqu’un qui même quand il est surchargé de boulot te donne l’impression d’avoir tout son temps pour toi, parce que tu n’es pas un numéro, un dossier, mais une vraie personne. Et quoi ? Je devrais rester de marbre en entendant 3 connasses superficielles déblatérer sur le compte de cet homme que j’admire et que j’estime tant ?

Et son équipe, parlons-en… Des infirmières et secrétaires médicales qui n’ont pas d’heure pour finir, parce que leur patron, en passionné par son métier qu’il est, se donne sans compter. Des femmes toujours souriantes, toujours gentilles, prévenantes, compatissantes… qui quand tu les appelles en panique parce que t’as une petite frayeur post op, non seulement te prennent au sérieux, mais te rassurent, te conseillent. Quand tu viens faire tes pansements, prennent le temps de discuter avec toi, de te connaître un peu. Elles sont non seulement agréables, mais extrêmement compétentes… Et se font traiter régulièrement comme des sous merdes, par ce type de personnes ingrates, imbues d’elles-mêmes, qui en dehors de leur ongles manucurés et de leur peau trop bronzées qui leur donne 10 ans de plus ne s’intéressent à rien, mais surtout à personne… Ces pestes à la langue acérée qui pensent encore que l’infirmière est juste la crucruche qui suit le docteur en rêvant secrètement de s’envoyer en l’air avec lui dans le placard à balais. Ces espèces de gourdes qui se croient malines à bavasser, qui pensent que tout leur est dû, et qu’avec le fric tout s’achète… Mais qu’elle aillent s’acheter un cerveau et éventuellement un cœur pour aller avec, alors !

J’avais le mien qui battait tellement fort que je craignais qu’il finisse par sortir de ma poitrine. J’avais des belles phrases toutes faites au bord des lèvres… J’avais des images de moi en train d’en attraper une par les cheveux et de la lancer sur les deux autres en criant : « Striiiiiike ». J’avais les poings serrés, la bouche sèche… et tellement de violence en moi ! Mon petit ange me disait à l’oreille droite : « calme toi, on avait dit qu’on devenait raisonnable dans notre façon d’agir. Tu crois que péter un câble dans la salle d’attente va donner quelque chose de constructif ? » Et mon petit diable à la queue fourchue qui susurrait de l’autre côté : « Mais montre leur, tu crèves d’envie de soulever ton t-shirt, là, debout en plein milieu de la salle d’attente, en leur disant que ce corps qui avait été malmené, mutilé, par la maladie, c’était lui, Croco, qui l’avait rendu à nouveau beau. Que celui sur qui elles crachent, quand il arrive en retard, c’est parce qu’il est au bloc en train de soigner un être humain. Que peut être, le jour où il m’a réopérée en urgence un vendredi soir, il a été très en retard en consultation… et qu’il n’est peut-être même pas rentré chez lui cette nuit-là, parce que dans mon brouillard, je me souviens qu’il était dans ma chambre très tard le soir… et très tôt le lendemain matin. Et que si c’était l’une d’elle qui s’était trouvée à ma place, elle serait sûrement bien contente d’avoir eu affaire à lui… Dis leur, montre leur, crie leur dessus, jettes des flammes avec tes yeux, frappes les jusqu’à ce qu’elles comprennent à quel point elles sont mauvaises… »

J’aurais voulu être capable de leur dire calmement… de leur expliquer qu’elles se trompaient. Mais je savais que ça ne servirait à rien. Et la rage que cela faisait monter en moi ne présageait rien de bon si je la laissais éclater. Je serais passée pour une folle furieuse, et elles, limitées dans leurs capacités intellectuelles, n’auraient de toute façon pas compris. Alors je me suis tue…

L’intérêt de ce chapitre ?

Je suis absolument outrée par la manière dont nos soignants se font maltraiter. L’actualité est remplie d’histoires plus dramatiques les unes que les autres à ce sujet, le malaise des blouses blanche n’est plus exceptionnel et devient presque un passage obligé dans une carrière. Le burn out est un motif d’arrêt de travail récurrent, et le suicide un phénomène qui se répand dans les couloirs ternes des hôpitaux. Alors quand j’ai entendu les propos tenus par ces personnes pour lesquelles je ne trouve pas de qualificatifs adaptés et politiquement corrects à la fois, mon sang n’a fait qu’un tour. Comment voulons nous que les soignants gardent la Foi dans ces conditions ? Où se situe le respect, tout simplement, de l’humain à l’humain ? De là à envisager de la reconnaissance pour celui qui a travaillé avec son cœur, mettant ses compétences, son talent, son temps et son énergie, à faire du bien autour de lui… il y a un gouffre encore… Je parle de Croco. Mais je parle des autres aussi. Je parle des médecins, des infirmières, des aides-soignantes, des ASH, des ambulanciers, brancardiers, pompiers… des kinés, des ergo, des auxiliaires de vie… Et je me contente d’évoquer ici le corps médical, mais tout cela se retrouve dans tellement de domaines…

Bref. Je crois que tout le monde a compris. Alors le mot de la fin ?

Touche pas à mes soignants… Touche pas à mon croco !

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Demesy Céline 02/06/2018 07:23

Mais franchement les gens qu'ils ce taisent, qu'ils ce mettent un peu à leurs places avec tout ce boulot qu'ils ont et malgré ça ce sont des héros toujours au maximum et à l'écoute

Estelle Lang Trommenschlager 02/06/2018 09:04

Merci bcp!

anaey 01/06/2018 13:11

j'aime beaucoup lire tes post.
Il y a toujours des râleurs, des insatisfaits, des....... en résumé des c..s ou c.......s pour se plaindre de tout et pour tout dans le dos des personnes concernées. Mais c'est vrai, je pense que ces personnes doivent se "multiplier" plus rapidement que celles raisonnables parce que elles sont de plus en plus nombreuses. Ces "nombrilistes" mènent souvent la danse, malheureusement.

Estelle Lang Trommenschlager 01/06/2018 13:14

La multiplication des imbéciles :) merci!

stephanie C 25/05/2018 09:58

Bonjour, impossible de commenter sur facebook, les commentaires sont bloqué, j ai juste droit au like.
Je suis secrétaire médical dans un cabinet de montagne (nous gérons du suivi de grossesse, de bébé, de patient, et accueillons toutes les urgences et traumato des stations de ski...) Les patients locaux qui sont pourtant habitué a ce changement de saison ne comprenne pas toujours que les médecins puissent s'absenter...sur un infarctus ou sur un accident grave sur les pistes...i des fois il y a de l'attente... 120 patients jours dont environ 30 40 blessés...Je te raconte même pas ce qu'on entends nous en salle d'attente..et ce que l'on prends nous les secrétaires...par contre quand on leurs dit de se plaindre directement aux médecins...la plus personnes...et c'est des grands sourires quand c'est leurs tours...

25/05/2018 10:36

Merci pour le commentaire :) je n’en sais pas pourquoi c est bloqué sur Facebook! Bon courage pour la suite alors, je ne suis pas sure que ce soit près de s’arranger ...

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