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2021-04-05T18:20:20+02:00

Chroniques d'une tortue encloisonnée J-11

Publié par Estelle Lang Trommenschlager

Chroniques d’une tortue encloisonnée

J-11

 

Hier soir, j’ai appelé Odette pour lui souhaiter de bonnes fêtes de Pâques. Odette ? C’est la sœur de mamama, ma grand-mère. Elle était mariée au frère de papapa, mon grand-père. Une belle histoire comme on en voit que dans les films, qui m’a toujours fascinée. Mais je me suis aussi rapidement dit que si on faisait tous pareil, déjà cela nécessiterait que chaque frère ait une sœur, que chaque sœur ait un frère, et à un moment donné, on serait tous frères et sœurs, en plus d’être cousins, bref, je ne suis pas certaine que l’idée soit excellente. Enfin. J’ai appelé Odette, qui m’a raconté qu’en tant que Chrétien, on était appelé, au moment du Carême, à faire un pèlerinage, ou une retraite spirituelle. Et qu’avec son amie, elles sont allées à quelques kilomètres seulement de chez elles, mais que le fait de prendre ce temps, eh bien ça lui a fait du bien, ça lui a permis de se reposer, de s’apaiser…

8h. Nuit un peu pourrie au QG de la tortue. Je me suis réveillée des dizaines de fois. Moi qui suis du genre à adorer mon plumard et y traîner le matin quand rien ne s’y oppose (ce qui est assez rare…), je me tâtais à me lever. Mais l’idée de la longueur de la journée ne m’inspirait guère l’envie de me secouer. Pas d’enfants, un temps un peu moyen, j’ai promis à mes genoux de ne pas aller courir, et à cucul de ne pas le poser sur une selle. J’ai vaguement pensé enfiler mes rollers, mais… ça fait des années que je n’en ai pas fait, et je n’ai pas du tout envie de me retrouver en plus de tout le reste, avec une (ou plusieurs) patte(s) dans le plâtre.

Et là, mon mari masqué a eu l’idée du siècle, en me montant un plateau avec mon café, le reste de mon lamala (le mouton, pas ma grand-mère, ne confondez pas !) et de la pâte à tartiner (faut la manger, c’est fait maison, ça ne se garde pas aussi bien que celle du commerce 😊). Ajoutons à ça un bon bouquin, et je n’avais plus aucune raison de quitter ma grotte avant un bout de temps.

Mais… la tortue a du mal à tenir en place. Petit déjeuner fini, quelques chapitres enfilés, un coup de fil avec tata, et les bonnes résolutions avaient déjà fichu le camps. De journée cocooning, je suis passée à journée rando en solo.

Allez, un sac à dos, une bouteille d’eau, une barre de céréales, une veste, 2 tours du cou, mon téléphone et… adios amigo !!! Avec la bénédiction de Mika qui ne pétait pas la forme, et pour qui le programme « canapé télécommande » était tout à fait acceptable.

Je suis partie. Sans trop savoir ou ni combien de temps. Direction les collines, là où je vais courir.

Au début, c’était un peu… bizarre. Presque dérangeant, d’être seule. Il me manquait quelque chose. Des enfants, un mari… mon chien…

Le premier km a sonné sur ma montre. J’étais encore en terrain très connu, et je savais exactement où sonnerait le second. Alors j’ai choisi de changer un peu mes habitudes. Elle se dévergonde, cette tortue-là !

J’ai traversé la colline, et je me suis retrouvé dans le village voisin. J’avais dans l’idée de rejoindre l’église, pour emprunter le chemin qui passe derrière, et que je ne connais pas.

Premier arrêt devant une petite chapelle, celles qui font les coins de rue. Je me suis approchée pour la prendre en photo. J’ai repensé à ma conversation avec Odette, et je me suis dit : « tiens, pourquoi ne pas en profiter pour prier pour tous les gens qui comptent pour moi ? » Pas que je ne fasse pas habituellement, j’essaye chaque jour d’être au rendez-vous. Mais là, j’avais le temps, je pouvais peut-être aller un peu plus loin. J’ai donc commencé par prier un Notre Père, et 10 Je vous salue Marie. Et hop, cette dizaine (c’est comme ça que ça s’appelle), je l’ai destinée à une série de personnes que j’ai pu nommer. Parfois, je croisais des gens, alors je me mettais en pause, pour ne pas avoir l’air de parler toute seule. Bien que de nos jours, avec les oreillettes pour le téléphone… ça pourrait ne pas inquiéter. Et je reprenais.

Puis mon esprit vagabondait vers d’autres lieux, d’autres souvenirs, d’autres personnes. Alors je les ai englobé dans un tout, et j’ai refait une dizaine de chapelet. (Un chapelet, c’est 5 dizaines).

Je suis arrivée en haut d’une belle montée qui donnait sur une clairière, où se prélassaient de petits bébés chèvres avec leur maman, et c’était… magnifique !!! J’avais le cœur prêt à exploser de joie, juste en contemplant la nature, et ces petites créatures. Et j’ai eu envie de crier MERCI ! Alors c’est ce que j’ai fait ! Et c’était bon, ressourçant ! J’avais 5 ans, des couettes, le vent qui s’engouffrait dans ma robe, et des éclats de rire plein la bouche.

2 chemins se dessinaient. Il fallait choisir. Au hasard, j’ai pris celui qui n’indiquait aucune direction. En confiance, et surtout, toute seule. Avec des noms, des personnes, qui se succédaient dans mon esprit. Et des prières pour chacun de vous. L’avantage, c’est qu’il y a de la place pour tout le monde, dans mes prières. Et j’ai repris mon chapelet. Un Notre Père, et 10 Je vous salue Marie. Pour ne pas me perdre en comptant, chaque fois, j’ouvre un doigt de mes points fermés. Et quand mes deux mains sont ouvertes, j’ai terminé. Alors je parle. Je dis combien je suis bien, quel bonheur, cette liberté. Et à moins de 10km de chez moi en plus ! Je dis les bienfaits quand entre l’air dans mes poumons, et j’écarte les bras pour me laisser porter par le vent. Il souffle, il souffle, il emmène tout sur son passage. Alors je lui donne de quoi me débarrasser de mes fardeaux. Puisqu’il souffle avec force, je lui dis de prendre avec lui mes angoisses. Mes difficultés, mes limites. Mes fautes, celles qui sont volontaires, et les involontaires. Et surtout, surtout celles qui ont pu blesser. Parce que je suis un être humain, capable du meilleur comme du pire. Et je dis PARDON. Je dis pardon, et je prie pour chaque jour faire plus attention à ne pas reproduire mes erreurs. Devenir meilleure.

Un chant se fait connaitre dans ma tête. A moins que ce soit dans mon cœur. J’en suis à parler toute seule depuis bien plus d’une heure, je ne suis plus à ça près ! Alors je chante. Je laisse sortir les mots qui viennent Et tant pis si ce ne sont pas les bons, ceux qui ont été écrit par quelqu’un d’autre que moi. Je chante, c’est tout.

Régulièrement, je m’arrête, pour essayer de capturer ce que je vois, dans mon appareil photo. Mais malgré le mal que je me donner, il faudrait une image continue de tout ce qui m’entoure pour seulement essayer de toucher du bout des doigts cette sensation de plénitude. Impossible. Ceci dit, j’ai envie de partager un peu, alors je me dis que les images, avec quelques mots, ça vous donnera peut-être une petite idée de ce qu’aura été pour moi cette expérience incroyable.

Il y a les gens que je n’aime pas. Qui ne m’aiment pas non plus. Ceux qui m’ont fait du mal. Je ne prie jamais pour eux, parce que… je n’y suis jamais arrivée. Comme si c’était une forme de faiblesse. Mais là, dans ce moment hors du temps… dans ce décors tout à fait différent de ce que je connais… dans cette disposition d’esprit, et avec toutes les personnes que j’ai eu envie de confier, de protéger… je réalise que cette fois, j’ai la place pour y ajouter des noms. Alors… Je les ai mis. Dans le paquet suivant. Et j’ai repris mon chapelet. Je n’ai rien demandé de spécial. Qui serais-je pour décider de ce qui est bien et de ce qui ne l’est pas ? Je ne demande rien, jamais. Je prie pour des personnes, des situations, je n’ai pas la prétention de savoir. Et c’est tellement plus facile ! Chacun son travail, en somme. Une équipe. Et moi, aujourd’hui, je travaille en pleine nature. Grisant, non ?

J’ai fait ma retraite spirituelle aujourd’hui. Mon pèlerinage. C’était un peu court pour un aller-retour à Lourdes, mais la communion était parfaite. Là, dans les collines.

Il y a un décalage entre ce que j’ai vécu, et ce que je vous raconte. Ce n’est pas grave. Ce qui résonnera en chacun de vous, c’est ce qui aura de l’importance pour vous, à cet instant précis. Et moi, je vais me nourrir de tout cela durant les prochains jours. C’est ainsi qu’au quotidien, je garde un peu de chacun de vous, toujours, que vous n’êtes jamais bien loin.

Je finirais avec le sourire. En ces temps où nous sortons le plus souvent masqués, j’ai eu la chance et le bonheur de pouvoir m’en passer le temps d’une randonnée. Et je peux vous dire que si j’ai eu la joie de distribuer des sourires à toutes les personnes que j’ai croisées, j’en ai reçu tout autant. Alors est ce que ça a toujours été le cas ? Est-ce qu’on y faisait juste pas attention, parce qu’à force de se voir, on ne se voyait plus ? En tout cas, ça m’a fait l’effet d’une pluie d’étoiles filantes sur mon chemin. Echanger du plaisir de se rencontrer, des souhaits de bonne promenade, et de belle journée, ça aussi, ça a contribué à embellir cette journée que je ne suis pas prête d’oublier.

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